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les princes d'Ousbekistan

Assalam maleïkoum,

  Comme promis je vous envoie mes premières impressions sur mon voyage en Ouzbekistan  qui s’est déroulé du 4 au 15 août 2009.  

Cette république ex-soviétique se situe au cœur de l’Asie centrale, avec  au nord le Kazakhstan, le Kirghizistan à l’est, le Tadjikistan  au sud-est, le Turkménistan au sud Ouest et enfin l’Afghanistan au sud.  Mais rassurez vous contrairement a ce que l’on pourrait craindre c’est un pays stable et sûre.

  Les 2 tiers du territoire de l’Ouzbékistan sont constitués de steppes et de plaines désertiques, le reste étant des collines, des montagnes… Seuls quelques Oasis comme Tachkent, Khiva, Boukhara, Samarcande  arrosés par les fleuves Amou Daria, Syr d’Aria et Zeravchan sont propices aux cultures … Son climat est continental … Donc, froid et sec l’hiver …. Mais chaud, très chaud en été …. Nous avons eu entre 37 et 47 ° C!!!! 

Après ce bref aperçu commençons notre voyage par Tashkent. Capitale moderne du pays, cette ville a été entièrement détruite par le terrible tremblement de terre de 1966. Reconstruite sous l’air soviétique cette agglomération, quoi que très verte, reste sans âme et sans grand véritable intérêt. Elle reste le passage obligé pour tout touriste arrivant en avion. Seule la compagnie Ouzbekistan Airlines assure 2 vols par semaine entre Paris et Tashkent. Petite anecdote …. Notre comité d’accueil nous a bien fait rire …. En effet, pour éviter tout risque de propagation de la fameuse grippe H1N1, à la descente de l’avion nous avons été contraints de mettre sous nos aisselles un thermomètre  pendant quelques minutes… A mon avis, plus dissuasif qu’efficace …. Mais amusant !

  Le deuxième jour, réveil aux aurores pour un vol intérieur d’une heure environ entre Tashkent et Ourguentch… Puis, 30 kilomètres de route,  pour la ville musée de Khiva (1ere cité médiévale esclavagiste de toute l’Asie centrale)…..Ce fut pour moi une vraie révélation,  mon véritable premier coup de cœur de ce voyage. En effet,  la plus reculée des villes qui parsèment  la Route de la soie, au cœur de l’oasis de Khorezm, Khiva est un véritable joyau de l’architecture traditionnelle en terre séchée et en  briques cuites. La vieille ville piétonne, restée intacte depuis deux siècles, est entourée d’une enceinte en pisé haute de 8 mètres de haut. Cette cité semble surgie d’un décor des milles et une nuits, car l’on se promène librement dans une succession ininterrompue de palais, de medersas (école coranique),  de caravansarails (hôtellerie et entrepôt pour marchands placés sur les routes du trafic caravanier),  de mausolées, de mosquées, de minarets plus hauts, beaux les uns que les autres. Au détour de chaque ruelle le voyageur est émerveillé, les mosaïques bleues et blanches changent de nuances suivant l’heure de la journée, les habitants vivent chichement, et sont artisans pour la plupart …Certes ils sont pauvres mais semblent heureux de vivre… 

Tout cela confère à cette ville une ambiance de secret, de mystère,  de magie,  c’est un véritable envoûtement… un incroyable voyage dans le temps …. Un dépaysement garanti qui a lui seul vaut le détour!

  Le lendemain, départ par la longue et monotone route vers Boukhara. Nous traversons le mythique fleuve Amou Daria, (un des deux affluents de la mer d’Aral) mais surtout les steppes du Kyzyl Kum (sables rouges)  la plus grande plaine désertique d’Asie centrale. Nous y avons rencontré quelques nomades, et leurs troupeaux de chèvres, quelques chameaux,  des yourtes… Dans ces steppes tous nos repères d’occidentaux sont mis à rude épreuve, terre oh ! combien hostile pour l’homme,…. impression d’immensité et de grande humilité face à dame  nature.

Mais plus l’on se rapproche de Boukhara, plus l’homme a su canaliser l’eau et plus les fertiles cultures maraîchères, céréalières mais surtout cotonnières  sont présentes. Le coton, cette petite plante qui a besoin de beaucoup d’eau, fleurie au mois d’août, récoltée au mois d’Octobre, elle est au  centre de toutes les préoccupations du pays. Encore aujourd’hui tous les étudiants et les professeurs sont réquisitionnés pendant 4 semaines pour cueillir »l’or blanc de l’Ouzbekistan » ….quelques vieux restes du règne soviétique.

  Ce qui m’a le plus étonné lors de ce voyage, c’est la gestion de l’eau … je devrais dire la « non gestion de l’eau » …. Tout est fait en dépit du bon sens …. Dans un pays aussi aride, l’eau est gaspillée, les jardins publiques sont arrosés en permanence, les infrastructures sont vieillissantes et les fuites inévitables …. Tout cela dans l’indifférence la plus totale…. L’on comprend mieux la catastrophe écologique de la mer d’Aral …. Il est urgent que la population prenne conscience que  l’eau est une richesse en péril !  Un véritable travail d’éducation nationale est nécessaire… Mais  est ce que les ouzbeks sont prêts ?? N’ont-ils pas d’autres préoccupations plus économiques… En effet, le pays est pauvre, il est en pleine « Perestroika »… il s’ouvre tout juste au monde … La modernisation fait petit à petit son entrée, mais il y a encore beaucoup de retard… A titre d’exemple, il n’y a pas un seul Mac donald’s dans le pays (et tant mieux) …. Il n’y a qu’un distributeur automatique de billet pour les cartes « master card » dans tout Samarcande … Et en plus,  il ne délivre que des dollars, (quand il y a des billets !!!)  .. Le soum, monnaie locale,  étant tellement faible qu’il faudrait à chaque retrait venir avec une valise !!!!  

Mais continuons  plutôt notre périple …. Ainsi, les jours suivants sont consacrés à la visite de Boukhara …. Mon deuxième coup de cœur ….. Cette ville oasis au cœur du désert rouge a su garder son « esprit » oriental, cette ancienne cité interdite aux infidèles pendant des siècles était surnommé la perle de l’islam … surnom mérité.

L’architecture de la ville regroupe plus de 10 siècles d’histoire, une sorte de condensé de l’art de l’Asie centrale, avec ses 365 mosquées avec ses mosaïques de toute beauté, avec ses dômes bleues,  ses minarets en brique vernissés, sa forteresse, sa nécropole, ses nombreuses madrasas,  ses coupoles marchandes, ses bazars, ses bassins  et ses innombrables ruelles où il est si agréable, si rassurant et si dépaysant de se perdre.

  Mais soulignons là surtout la gentillesse, la générosité, la sincérité, le sens de l’hospitalité de la population…. Le peuple Ouzbek est un peuple fier encore vrai, aimable,  souriant,  avide de contact,  sans a priori. Les femmes portent toujours l’habit traditionnel une robe aux couleurs très vives,  longue et ample,  recouvrant un pantalon. Elles portent noué sur la tête  un petit foulard fleuri (d’inspiration russe). Les hommes ont une allure plus occidentale, mais porte tous une calotte souvent brodée appelée Tioupé. Ils passent, pour la plupart, leurs après-midi installés aux terrasses des tchaïkhana (café restaurant) jouant aux dominos (ou autre jeu de société local) prenant le thé bavardant nonchalamment suivant la tradition orientale.

La rencontre est encore simple,  pas encore corrompus par l’argent ou la culture occidentale… Mais pour combien de temps ???!!!! … Là est bien la question ….  La langue nationale est l’ouzbek mais le russe est encore parlé et  facilite la communication,  la jeune génération se met peu à peu à parler l’anglais et aussi au français…. Les occidentaux égoïstes que nous sommes doivent prendre exemple devant tant de générosité et de candeur!!!!

    Continuons notre voyage par la mythique ville de Samarcande, ce qui signifie « semblable au paradis » la cité des Timurides est le passage obligé de tout voyageur. Son nom raisonne dans toutes le mémoires, Samarcande est sur toutes les lèvres.  Mais, pour moi cette ville est plus un mythe qu’une réalité …. Les monuments sont beaux certes, mais la ville très soviétique a perdue de son cachet et de son  âme originelle … Même si le gouvernement essaye d’effacer les traces du communisme ….  

Néanmoins,  que serait Samarcande sans le fameux, et splendide Régistan ??!!!!.... « La place de sable » est l’ancien centre de la ville, destinée aux revues militaires, aux caravanes, aux exécutions publiques. C’est encore le plus grand et le plus élégant ensemble architectural du monde musulman. Il est composé de 3 madrasas et d’une mosquée décorés de mosaïques, de faïences (fleurs, spirales, dessins géométrique, et calligraphie arabe) … Un véritable enchantement pour les yeux ….L’on peut tout de même encore imaginer l’impression de force, de pouvoir, de majesté que pouvait produire cet ensemble magnifique sur les nombreuses caravanes de la soie ….

   Un peu plus loin se trouve le mausolée Gur-i-Amir , tombeau de Tamerlan qui est aussi beau à l’extérieur qu’à l’intérieur  (les murs sont recouverts d’albâtre, de marbre blanc et d’arabesques dorées)… Grandiose.

Un peu à l’extérieur du centre ville, La mosquée Bibi Khanum a été construite pour l’épouse chinoise préférée de Timur … quel beau geste d’amour. Enfin sur une des collines surplombant Samarcande, finissons notre visite par la nécropole de Shah-i-Zinda … Ensemble de  petits mausolées recouverts de faïence, aux infinies nuances de bleues. 

  

Finissons notre circuit par une excursion vers Shahrisabz (ville natale de Tamerlan). En cours de route,  nous avons eu la chance d’être invité à une fête de village (et plus précisément à la fête de la circoncision d’un petit garçon un peu apeuré par tant de personnes et de bruit).

 En effet, il est de coutume pour toute fête importante (mariage, circoncision) d’inviter tout le village et tous les hôtes de passages ….. Ainsi au milieu d’une cours abritée du soleil par une superbe treille…. les tables sont dressés, le thé coule a flot, les tables croulent sous les victuailles et le Plov est servi (plat traditionnel de riz sauté agrémenté de viande de mouton et de carottes). La musique est à fond, les hommes sont d’un coté, les femmes de l’autre coté et l’ambiance est garantie, tout le monde danse, vieux, jeunes, hommes, femmes …. L’on peut dire que notre incursion a été chaleureusement accueilli …Tous les convives voulaient que l’on prennent au moins une photos d’eux, que l’on danse, que l’on trinque  ….  Ambiance bonne enfant, hors du temps, d’une spontanéité et d’une gentillesse peu commune.  Ce fut pour moi un régal des sens, un moment d’exception hors du temps, hors des sentiers battus, hors de toute référence culturelle où l’humanité, la chaleur, la convivialité m’ont donné une belle leçon de vie et d’humilité …. Mais j’étais loin de me douter que dans la soirée je ferai une autre belle et authentique rencontre !

  En effet,  au détour d’une madrasa  j’ai rencontré dans son magasin une femme prénommée Dilarom… Après quelques minutes de conversation, le contact est bien passé, elle a tout de suite compris mon intérêt pour son pays, sa culture, son histoire et le plus simplement du monde m’a proposé de venir chez elle …. Ma curiosité a été piquée au vif … alors, j’ai délaissé mon groupe pour passer la soirée avec sa famille…. J’ai découvert, le chaleureux accueil ouzbek, la générosité, la simplicité d’un bon moment passé autour d’un bon repas (salade de tomates, Manty (raviolis à la viande) préparé par la grand-mère, pommes,  pastèques le tout arrosé de thé,   et de l’inévitable Vodka).  Nous étions chez les parents de Dilarom  assis en tailleur sur un Takhtan (sorte de grand lit en bois  recouvert de coussins sur lequel est  posée une table basse) au coeur d’un petit jardin luxuriant, bien loin de l’agitation urbaine… Quel moment de convivialité, fondé sur la tolérance et le respect de l’autre … . La famille au grand complet était présente. Ma nouvelle amie, son mari, ses filles, ses parents, sa sœur, son beau frère, sa belle sœur et son neveu. 

 ….. Puis en fin de soirée, nous sommes allés chez Dilarom… Elle était fière de me montrer sa maison, j’ai même eu droit à un petit spectacle de danse de ses deux filles!!!!  Beau moment de partage et d’amitié …. L’on me resservi du thé en m’expliquant le cérémonial… En effet, il faut toujours prendre ou donner les tasses de la main droite éventuellement en posant l’autre main sur le cœur. Avant d’être bu le thé est versé à 3 reprises dans une tasse et reversé dans la théière. Chaque versement est un symbole. Le 1er : Loy,  symbolise l’argile qui étanche la soif, le second : Moy, la graisse qui isole du froid et du danger. Et le 3eme, Tchaî le thé qui éteint le feu. Ce sont de belles traditions …. J’espère que ce peuple encore authentique, n’oubliera pas ses racines et sa culture si riche et si cosmopolite. Cette journée pleine de sincérité restera a tout jamais dans mon cœur et dans ma mémoire…

  Pour conclure je dirai que ce voyage a été une vraie révélation humaine, j’ai découvert un pays, une culture, un peuple. Ce fut une merveilleuse expérience très émouvante et enrichissante.   Voilà mes chers amis, en quelques lignes mes impressions sur ce merveilleux périple qui me donne une seule envie repartir dans un autre coin du monde ou peut-être de nouveau en Ouzbekistan …. A suivre pour de nouvelles aventures !!! 
   
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